Visiting flats / Visite d’apparts

•25 July 2015 • Leave a Comment

The agent: “This one is facing South-West.”
Opens the door.
Me: “But… There are no windows?”
Agent: “Yes, there are! (Opens the bathroom door.) Look!”
Me: “This is not a window, this is… (Looks in his French-to-English dictionary) …ah, you don’t have a word for that. A slit? A basement window?
Agent: ” This is no basement. This is 30th floor.”
Me: “Sure but how can I tell that it’s the 30th, and not the basement?”
Agent: “It’s written on the lift.”
Me: “…

…Anyway. Not interested.”
Agent: “The landlord has another one, if you want to see.”
Me: “Does it have windows? Does it have light?”
Agent: “It has a washing machine. You want to see?”

***

L’agent immobilier : Alors celui-ci est orienté sud-ouest.
Il ouvre la porte
Moi : Mais… Y’a pas de fenêtres ?
L’agent : Si, regardez. (Il ouvre la porte de la salle de bains.)
Moi : Mais c’est pas une  fenêtre, ça, c’est un… Comment on dit soupirail en anglais ? “Slit?” (Meurtrière) “Basement window ?” (Littéralement, une “fenêtre de cave”, donc bien un soupirail, qui n’était pas le mot que je cherchais. Je perds mon français…)
L’agent : Mais ce n’est pas une cave. C’est le 30e étage.
Moi : Peut-être, mais comment je peux savoir, avec seulement cette fenêtre dépolie pour tout l’appartement ?
L’agent : C’est marqué sur l’ascenseur.
Moi : …

… Ok, laisse tomber, de toute façon je ne veux pas cet appartement.
L’agent : Le propriétaire en a un autre, si vous voulez le voir.
Moi : Est-ce qu’il a des fenêtres ? Est-ce qu’il voit la lumière du jour ?
L’agent : Il a une machine à laver. Vous voulez le voir ?

Chess players / Les joueurs d’échecs

•19 July 2015 • Leave a Comment

In the three years I’ve lived in this neighbourhood of Hong Kong, I have often noticed them: two greying men, fifty or sixty-something, playing Chinese chess on a foldable table and chairs, right at the entrance of a back alley close to my home. They would be there every evening when I came back from work, sometimes until late into the night — 11pm, midnight, 2am… Just playing chess, sometimes with a third man watching them, sometimes not. Together, they had an air of old Hong Kong, in their dark (but clean) alley, with their faded paper chessboard and their rusted table, repainted dark green many times over. Often, I thought I should talk to them, ask them who they were, how long they’d been playing together, why they enjoyed it so much. I wanted to take a few pictures of them afterwards, black and white presumably, showing them sitting in this tiny slit of a street, between shops and half-broken neon signs. But I never dared.
And this week, walking past the same alley, I discovered that the entire block had been walled over, to be demolished in coming months and replaced with a gleaming new tower — offices, most likely.
The players have disappeared, and I feel sadness and regret. I should have started that discussion, taken that picture. Now it’s too late.
Never stop being curious. When you have a question, just ask it.

Ils étaient là presque tous les soirs : deux joueurs d’échecs aux tempes grisonnantes, assis autour d’une petite table pliante à l’entrée d’une ruelle proche de chez moi. Il s’installaient avant que je rentre du bureau, vers six ou sept heures probablement, et jouaient jusque tard dans la nuit — onze heures, minuit, parfois une heure ou deux du matin, n’échangeant que quelques mots à mi-voix. À l’occasion, un troisième homme les regardait jouer et discutait avec eux, entre eux deux bouffées de ses cigarettes chinoises, mais le plus souvent ils étaient seuls. Ensemble, avec leur plateau de carton usé et leur table rouillée, maintes fois repeinte en vert, ils m’évoquaient le vieux Hong Kong, la ville authentique, le monde caché derrière la vitrine des grandes banques et des compagnies de négoce.
Souvent, passant près d’eux, je me suis dit que je devrais leur parler, leur demander qui ils étaient, depuis combien de temps ils jouaient ensemble, pourquoi ils aimaient tellement jouer ainsi tous les soirs. Je voulais aussi les prendre en photo, probablement en noir et blanc, encadrés dans cette ruelle par deux magasins poussiéreux et leurs néons brisés. Mais je ne l’ai jamais fait : je n’ai pas osé, pas eu le temps, pas voulu chercher mon appareil photo et revenir sur mes pas.
Cette semaine, en remontant la même rue, j’ai découvert que le bloc entier avait été muré. Dans quelques semaines, ils sera démoli, pour le remplacer par une tour flambant neuve — des bureaux, probablement.
Les joueurs ont disparu, et je regrette de n’avoir pas saisi l’occasion. Maintenant, c’est trop tard.
Laissez libre cours à votre curiosité. Quand vous avez une question ou une idée, suivez-la. Vous ne saurez jamais si l’occasion reviendra.

The Year’s Best Science Fiction, Thirty Second Annual Collection

•7 July 2015 • 1 Comment

Year's Best SFVery happy to announce that my novelette “The Rider”, originally published in F&SF, reappears this week in the latest annual issue of The Year’s Best SF, edited by Gardner Dozois.

Here is the full list of content:

  • The Fifth Dragon, Ian McDonald (Reach for Infinity)
  • The Rider, Jérôme Cigut (F&SF)
  • The Days of the War, as Red as Blood, as Dark as Bile, Aliette de Bodard (Subterranean Online)
  • The Burial of Sir John Mawe at Cassini, Chaz Brenchley (Subterranean Online)
  • The Regular, Ken Liu (Upgraded)
  • The Woman from the Ocean, Karl Bunker (Asimov’s)
  • Shooting the Apocalypse, Paolo Bachigalupi (The End Is Nigh)
  • Weather, Susan Palwick (Clarkesworld)
  • The Hand Is Quicker, Elizabeth Bear (The Book of Robert Silverberg)
  • The Man Who Sold the Moon, Cory Doctorow (Hieroglyph)
  • Vladimir Chong Chooses To Die, Lavie Tidhar (Analog)
  • Beside the Damned River, D.J. Cockburn (Interzone)
  • The Colonel, Peter Watts (Tor.com)
  • Entanglement, Vandana Singh (Hieroglyph)
  • White Curtain, Pavel Amnuel (F&SF)
  • Slipping, Lauren Beukes (Twelve Tomorrows)
  • Passage of Earth, Michael Swanwick (Clarkesworld)
  • Amicae Aeternum, Ellen Klages (Reach for Infinity)
  • In Babelsberg, Alastair Reynolds (Reach for Infinity)
  • Sadness, Timons Esaias (Analog)
  • West to East, Jay Lake (Subterranean Online)
  • Grand Jeté (The Great Leap), Rachel Swirsky (Subterranean Online)
  • Covenent, Elizabeth Bear (Hieroglyph)
  • Jubilee, Karl Schroeder (Tor.com)
  • Los Pirates del Mar de Plastico (Pirates of the Plastic Ocean), Paul Graham Raven (Twelve Tomorrorws)
  • Red Light, and Rain, Gareth L. Powell (Solaris Rising 3)
  • Coma Kings, Jessica Barber (Lightspeed)
  • The Prodigal Son, Allen M. Steele (Asimov’s)
  • God Decay, Rich Larson (Upgraded)
  • Blood Wedding, Robert Reed (Asimov’s)
  • The Long Haul, from the Annals of Transportation, The Pacific Monthly, May 2009, Ken Liu (Clarkesworld)
  • Shadow Flock, Greg Egan (Coming Soon Enough)
  • Thing and Sick, Adam Roberts (Solaris Rising 3)
  • Communion, Mary Anne Mohanraj (Clarkesworld)
  • Someday, James Patrick Kelly (Asimov’s)
  • Yesterday’s Kin, Nancy Kress (Tachyon)

Mandarin

•24 June 2015 • Leave a Comment

La gardienne : Quelquechosequelquechosequelquechosequelquechose eau quelquechosequelquechosequelquechose est-ce-que ? Quelquechosequelquechose 12ème quelquechosequelquechosequelquechosequelquechosequelquechosequelquechose.

Moi : Euh… (Grand sourire.) Vous pouvez répéter la question ?

La gardienne (amusée) : Quelquechosequelquechosequelquechosequelquechose eau machine (?) quelquechosequelquechose est-ce-que ? Quelquechosequelquechose 12ème étage quelquechosequelquechosequelquechosequelquechose pour vous.

Mes collègues : Tu comprends ce qu’elle dit ?

Moi : Je crois qu’elle veut nous donner une fontaine à eau.

La gardienne : Tu me quelquechose ?

Moi : Je vous suis.

(Revient 5mn plus tard avec une fontaine à eau laissée par des locataires qui viennent de partir.)

Mes collègues : Wahhhhh… Mais t’es bilingue en fait…

Moi : Oui, oui…

Hand machine

•23 June 2015 • Leave a Comment

En Asie, les formulaires demandent souvent un “hand phone” : un numéro de portable. L’expression vient probablement du chinois, dans lequel un mobile se dit 手机 (shǒujī), littéralement “main-machine”. Alternativement, on peut dire 电话 (diànhuà, “électronique-voix”), mais cela couvre tant les portables que les fixes — tous les téléphones en fait, comme dans notre langue.
Pour une fois (c’est pas tous les jours le cas…), je trouve l’association d’idées qui sous-tend les idéogrammes plus éclairante que les langages occidentaux : il y a belle lurette qu’un téléphone transmet davantage que du son (un paquet de données est-il encore du son ? Signifiant, signifié, Saussure, au secours…), et “smartphone”, s’il n’est peut-être pas un oxymore, est à tout le moins un barbarisme.
Shǒujī, au contraire, souligne l’importance de l’objet : si chaque révolution industrielle a eu sa machine (la navette volante, le moteur à vapeur, l’automobile…), l’outil emblématique de notre économie de la connaissance est bien le téléphone portable.
Et de me demander comment les Egyptiens auraient décrit un portable avec leurs hiéroglyphes…

Broyeur de rêves

•22 June 2015 • Leave a Comment

(Cette conversation a réellement eu lieu, chez l’équivalent hongkongais de Darty.)
“Bonjour, je cherche un broyeur de documents pour le bureau.
— On en a un…
— Super.
— …par contre, il est vert pomme.
— Euh… ok.
— Et il ne peut faire que 5 pages à la fois.
— Ça devrait aller.
— Et si on l’utilise plus de 5mn, il surchauffe et il faut le laisser refroidir une heure.
— …Et sinon, vous sauriez où je pourrais en trouver un autre ?
— Oui, le magasin au bout de la rue, là-bas.
— Merci.”

Mondialisation

•14 June 2015 • Leave a Comment

Il y a quelques années, en Angleterre, nous avions découvert un tubercule plutôt bon (particulièrement avec de l’huile de truffe), que les Anglais appellent “artichaut de Jérusalem” pour son goût. Problème : c’est quasi-impossible à trouver à HK. Donc parfois, quand on passe en Europe, si on en voit et qu’il nous reste de la place dans les valises, on en ramène (avec le sauciflard, le fromage et les autres produits nécessaires à la survie du Français à l’étranger).
Par le plus grand des hasards, un de nos amis qui voyage beaucoup pour le boulot se retrouve avec une escale de 12h à Dubai dans son vol Paris-HK. Il connait déjà un peu la ville, donc erre un peu et finit par se retrouver dans un… Carrefour. (Visiter des supermarchés français à l’étranger, ça peu sembler nostalgique, mais en fait c’est parfois aussi un peu Lost in Translation au carré : certaines choses ne changent pas, mais d’autres n’ont rien à voir.) Au rayon fruits & légumes, il découvre des artichauts de Jérusalem, en provenance de Bretagne. Connaissant nos goûts, ça l’amuse et il décide d’en acheter pour nous les ramener. On les a savourés le soir même.
Mais au fait, qu’est-ce que c’est que ces artichauts de Jérusalem ? Ben des topinambours. Le truc que nos grands-parents ne peuvent plus encadrer, après en avoir bouffé à tous les repas pendant la guerre. Quand je dis aux miens qu’on est prêts à faire 6 ou 10.000 kilomètres pour en ramener, ils me regardent comme si j’étais le démon.

 
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