Mandarin

•24 June 2015 • Leave a Comment

La gardienne : Quelquechosequelquechosequelquechosequelquechose eau quelquechosequelquechosequelquechose est-ce-que ? Quelquechosequelquechose 12ème quelquechosequelquechosequelquechosequelquechosequelquechosequelquechose.

Moi : Euh… (Grand sourire.) Vous pouvez répéter la question ?

La gardienne (amusée) : Quelquechosequelquechosequelquechosequelquechose eau machine (?) quelquechosequelquechose est-ce-que ? Quelquechosequelquechose 12ème étage quelquechosequelquechosequelquechosequelquechose pour vous.

Mes collègues : Tu comprends ce qu’elle dit ?

Moi : Je crois qu’elle veut nous donner une fontaine à eau.

La gardienne : Tu me quelquechose ?

Moi : Je vous suis.

(Revient 5mn plus tard avec une fontaine à eau laissée par des locataires qui viennent de partir.)

Mes collègues : Wahhhhh… Mais t’es bilingue en fait…

Moi : Oui, oui…

Hand machine

•23 June 2015 • Leave a Comment

En Asie, les formulaires demandent souvent un “hand phone” : un numéro de portable. L’expression vient probablement du chinois, dans lequel un mobile se dit 手机 (shǒujī), littéralement “main-machine”. Alternativement, on peut dire 电话 (diànhuà, “électronique-voix”), mais cela couvre tant les portables que les fixes — tous les téléphones en fait, comme dans notre langue.
Pour une fois (c’est pas tous les jours le cas…), je trouve l’association d’idées qui sous-tend les idéogrammes plus éclairante que les langages occidentaux : il y a belle lurette qu’un téléphone transmet davantage que du son (un paquet de données est-il encore du son ? Signifiant, signifié, Saussure, au secours…), et “smartphone”, s’il n’est peut-être pas un oxymore, est à tout le moins un barbarisme.
Shǒujī, au contraire, souligne l’importance de l’objet : si chaque révolution industrielle a eu sa machine (la navette volante, le moteur à vapeur, l’automobile…), l’outil emblématique de notre économie de la connaissance est bien le téléphone portable.
Et de me demander comment les Egyptiens auraient décrit un portable avec leurs hiéroglyphes…

Broyeur de rêves

•22 June 2015 • Leave a Comment

(Cette conversation a réellement eu lieu, chez l’équivalent hongkongais de Darty.)
“Bonjour, je cherche un broyeur de documents pour le bureau.
— On en a un…
— Super.
— …par contre, il est vert pomme.
— Euh… ok.
— Et il ne peut faire que 5 pages à la fois.
— Ça devrait aller.
— Et si on l’utilise plus de 5mn, il surchauffe et il faut le laisser refroidir une heure.
— …Et sinon, vous sauriez où je pourrais en trouver un autre ?
— Oui, le magasin au bout de la rue, là-bas.
— Merci.”

Mondialisation

•14 June 2015 • Leave a Comment

Il y a quelques années, en Angleterre, nous avions découvert un tubercule plutôt bon (particulièrement avec de l’huile de truffe), que les Anglais appellent “artichaut de Jérusalem” pour son goût. Problème : c’est quasi-impossible à trouver à HK. Donc parfois, quand on passe en Europe, si on en voit et qu’il nous reste de la place dans les valises, on en ramène (avec le sauciflard, le fromage et les autres produits nécessaires à la survie du Français à l’étranger).
Par le plus grand des hasards, un de nos amis qui voyage beaucoup pour le boulot se retrouve avec une escale de 12h à Dubai dans son vol Paris-HK. Il connait déjà un peu la ville, donc erre un peu et finit par se retrouver dans un… Carrefour. (Visiter des supermarchés français à l’étranger, ça peu sembler nostalgique, mais en fait c’est parfois aussi un peu Lost in Translation au carré : certaines choses ne changent pas, mais d’autres n’ont rien à voir.) Au rayon fruits & légumes, il découvre des artichauts de Jérusalem, en provenance de Bretagne. Connaissant nos goûts, ça l’amuse et il décide d’en acheter pour nous les ramener. On les a savourés le soir même.
Mais au fait, qu’est-ce que c’est que ces artichauts de Jérusalem ? Ben des topinambours. Le truc que nos grands-parents ne peuvent plus encadrer, après en avoir bouffé à tous les repas pendant la guerre. Quand je dis aux miens qu’on est prêts à faire 6 ou 10.000 kilomètres pour en ramener, ils me regardent comme si j’étais le démon.

Mean streets

•13 June 2015 • Leave a Comment

Le piéton hongkongais, en général, ne marche pas vite. Il assume toute la gravitas de sa situation, simplement parce qu’il fait 30° dehors et qu’il faut déjà raser les entrées des magasins climatisés pour ne pas fondre. De même, il ne court pas, pas plus qu’il ne prendra l’escalier pour monter d’un étage (il y a des ascenseurs pour ça, des tapis roulants, des taxis, des pousse-pousse, des chaises à porteur…)
Il ne se déplace généralement pas sans son parapluie : quand il pleut, contre la pluie ; et quand il y a du soleil, contre le soleil. Oui, parce qu’il ne faudrait surtout pas bronzer, ça pourrait ruiner son teint maladif, chèrement entretenu à coup de crèmes et de savons blanchissants. Par conséquent, quand tu marches dans la rue, tu es contraint de te traîner aussi, et tu passes ton temps à te prendre des coups de parapluie dans la tête.
Un point crucial mais qui n’a jamais été résolu, c’est de quel côté de la rue marcher : à HK, on roule à gauche, mais en Chine c’est l’inverse, et par conséquent sur le trottoir et dans les couloirs du métro, c’est simplement un joyeux foutoir, où si tu joues suffisamment des coudes, c’est que tu avais sans doute priorité. Le plus simple / sûr, c’est de suivre la masse. En te traînant, donc. Ou alors, d’accepter de perdre un ou deux yeux à cause des baleines de parapluie.
Dans la main qui ne tient pas un parapluie, le Hongkongais porte en général un smartphone — un gros, une phablet : c’est mieux pour lire et tracer les caractères, et regarder les séries coréennes le soir dans le métro. (Et aussi pour avoir l’air grave chanmé lorsqu’il le porte à sa joue pour passer un appel — c’est tellement badass de disparaître derrière son téléphone.) Mais lire en marchant n’est point commode, et écrire encore moins: aussi lorsque l’on suit un Hongkongais penché sur son téléphone, il est toujours conseillé de maintenir une distance de sécurité contre les arrêts subits, surtout si celui-ci porte un parapluie de type Vlad l’Empaleur (teint vampirique garanti).
Au final, la seule fois où j’ai réussi à marcher à une vitesse acceptable, c’est un mois où pour gagner un pari, je me suis laissé pousser la moustache d’Hulk Hogan: j’avais simplement l’air d’un vieux pervers, et les piétons s’écartaient respectueusement (ou plutôt terrifiés) devant moi.) Mais si je n’arrivais plus en retard à mes rendez-vous, ceux-ci avaient tendance à tous être mystérieusement annulés. J’ai fini par tout raser, et maintenant, je me traîne comme tout le monde.

Asian bucket list — proposal for a friend on a sabbatical

•12 June 2015 • Leave a Comment
  • Wrestle a 70kg coconut crab with bare hands, and eat it afterwards, cracking its shell between your teeth.
  • Try fugu in Japan and fried tarentula in Cambodia.
  • Learn martial arts in a forbidden monastery up the Himalaya with Liam Neeson.
  • Hook up, dead drunk, with a sailor on HK’s Lockhart Road, and wake up with his name tattooed forever on your butt.
  • Throw flowers, fruits and virgins in a volcano.
  • Dive with sharks in the Philippines, while in search for Yamashita’s gold.
  • Go shoe-shopping with Imelda Marcos.
  • Chain yourself up with democratic pamphlets and a yellow umbrella on Tiananmen, and discover the hospitality of the Chinese carceral system (lose a kidney, go back to Start, do not collect $20,000).
  • Visit an ashram, and learn yoga enough to know how to clean your ears with your toes (always useful when you are already using your hands to brush your teeth).
  • Then come back to Bali, and out-snub the snobbish ladies who go there to become yoga instructors for other snobbish ladies, while selling fake ethnic jewelry and designer coffee to the same snobbish ladies, in brand new westernised buildings that have replaced the traditional houses and pushed the locals to the suburbs.
  • After all that, come back to HK and let’s both retire to the Zen monastery.

Tinder

•12 June 2015 • Leave a Comment

Les selfie sticks, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. J’accuse les smartphones.

Au moment de prendre le tram hier soir pour rentrer, un gros Américain demande à mon voisin de file, hongkongais, si la rame va bien à tel endroit, à côté de chez moi. Pas de bol, son interlocuteur ne parle pas anglais, mais comme le véhicule va partir, je fais signe au grand gaillard que c’est bon. Il bondit telle la gazelle obèse du zoo de Saint-Cloud, escalade les deux marches en moins de temps qu’il n’en faut à Usain Bolt pour courir le 100 mètres, se glisse à travers le tourniquet tel une motte de beurre sur une grille de barbecue, et me remercie profusément d’avoir ainsi renouvelé l’amitié bicentenaire entre la France et les États-Unis, suivant l’exemple de Lafayette, Benjamin Franklin, Toqueville, et plus récemment de John Kerry et des routes de Haute-Savoie. Puis il va s’asseoir de l’autre côté de la rame, et commence à triturer son portable, probablement pour trouver sa destination sur Google Maps.

Le tram arrive devant chez moi, par habitude je descends, puis avec retard je me souviens de l’affaire et je regarde si l’Américain m’a suivi. Que dalle, il est toujours assis et semble ne pas comprendre ce que lui dit son portable. J’ai beau lui faire de grands signes, façon Richard Gere debout sur sa voiture à la fin de Pretty Woman, il ne décolle pas de son écran, et le tram poursuit sa route.

Probablement une grande histoire d’amour manquée. Les smartphones, c’est le mal, je vous dis.

 
Follow

Get every new post delivered to your Inbox.