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Tentative de géographie du Nonobstan

La République du Nonobstan (Республика Нонобьстан) est un quasi-État indépendant d’Asie Centrale. Jouxté par la Mongolie, l’Ouzbékistan et le Tatarstan, le pays couvre la majeure partie de la haute plaine de l’Ob. Gentilé : les Nonobs, Nonobes (graphie préconisée par le Quai d’Orsay) ou Nonobis.

Origines

Certains chercheurs voient la première référence au Nonobstan dans un passage des lettres de Perdiccas, l’un des généraux d’Alexandre le Grand qui essaya de poursuivre sa conquête de l’Asie. Il y mentionne en effet une vaste plaine à l’ouest de la Mongolie, où l’absence du moindre relief n’opposa aucune résistance (« non obstans » dans la version latine qui est parvenue jusqu’à nous) à la progression de ses troupes. Cette citation ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les historiens, qui lui préfèrent l’explication russe (voir ci-dessous, conquête par Pierre le Grand).

(Traduit du Latin) Cher Alex, ici les vacances se poursuivent. En ce moment nous traversons une région sans le moindre intérêt, sans le moindre relief pour égayer le paysage. Nous profitons donc de l’absence d’obstacles naturels pour poursuivre vers l’Est, où l’on m’a dit qu’ils faisaient un excellent steak de cheval. J’espère que tu vas bien et que tu n’oublies pas de prendre tes cachets contre la fièvre. À bientôt, Peper.

Plus certaine est la mention du pays dans la correspondance des pharaons ptolémaïques (-305 à -30), qui entrent alors en contact avec les peuples d’Asie Centrale grâce à l’ouverture de la route de la soie. Une tablette adressée vers -200 au pharaon par le gouverneur de Tyr atteste de la visite d’émissaires du peuple « nobi », lequel aurait excédé ses hôtes par leurs formules fastidieuses (une critique qui reviendra longtemps au cours de leur histoire, voir plus bas) [discutable — référence nécessaire] :

Je te le dis ô Prince, ces Nobis nous ont épuisé les oreilles avec leurs histoires ; car ils ne peuvent annoncer la moindre de leurs intentions sans dresser la liste de tout ce qui ne risque pas de les en empêcher. Leur visite s’est éternisée pendant plus de trois semaines, jusqu’à ce que ton serviteur leur signale qu’il ne serait jamais un obstacle à leur départ.

À peu près à la même période, les tribus se dotent d’un alphabet dérivé du babylonien. Les fouilles archéologiques des tumulus de la plaine de l’Ob ont révélé un grand nombre de tablettes de cire couvertes de symboles cunéiformes. La proximité des centrales nucléaires d’Omsk et Tomsk rend malheureusement difficile la datation au carbone 14 : l’accumulation d’isotopes radioactifs dans la région pointe vers une origine très récente (de +500 à nos jours, ce qui mène certains spécialistes à clamer à la mystification), mais divers ajustements ainsi que leur mode de fabrication suggèrent qu’elles auraient été gravées entre -500 et +500. Ce langage, qui n’a toujours pas été déchiffré par les chercheurs, est généralement désigné Alpha-Obar ou A-Obar par opposition à sa version moderne (Proc. of Pub Talk Acad., 1978, 765th pint).

La région est brièvement évangélisée au huitième siècle par les moines Sényle et Cathode, mais les invasions mongoles réinstaurent le shamanisme, avant que la grande poussée turkmène du neuvième au treizième siècle convertissent définitivement la région à l’Islam. La langue évolue elle aussi, devenant le Bêta-Obar ou B-Obar, un langage turcique apparenté au Tatar mais aussi au Magyar, ce qui pourrait indiquer une racine finno-ougrienne pour l’Alpha-Obar.

Le Grand Siècle du Nonobstan

Le pays reste dans l’obscurité jusqu’à l’arrivée des éclaireurs russes à la fin du dix-septième siècle, qui préparent l’invasion des troupes de Pierre le Grand suite à la conquête du Tatarstan. La résistance nonobe se révèle toutefois plus forte que prévu, sous l’impulsion du chef de guerre Ken-Obyï dit « le Vieux Fou », qui parvient à unifier les tribus et repousser les cosaques plusieurs années de suite, gagnant ainsi son titre de « Premier des Nonobes » (Ноноби-Уань, phon.: « Nonobi-Wan »). Impressionné par leur courage, Pierre le Grand consent à laisser leur indépendance aux tribus, en échange de l’exclusivité de la navigation sur l’Ob. Cette distinction (Ob russe, non-Ob autochtone) est généralement considérée comme l’origine moderne du nom du pays.

L’armistice confère aux Nonobes une réputation de bravoure qui se répand à travers l’Europe. À Paris, on s’arrache leurs services comme mercenaires tout au long du XVIIIème siècle, unanimement considéré comme l’apogée du Nonobstan. L’originalité de leur culture attire et séduit les intellectuels de leur temps :

[…] Je regrette que vous n’ayez pas pu rencontrer ces émissaires nonobes au salon de la duchesse du Maine hier soir. Je trouve incroyablement rafraîchissante leur manière de citer tout ce qui ne peut pas les contraindre, tout ce qui risque pas d’empêcher leurs actions. C’est une sorte de célébration de la liberté, qui contamine toutes les personnes qu’ils approchent. Je songe d’ailleurs à en faire le thème d’un roman — mais je vous en parlerai plus avant à notre prochaine rencontre, je suis sûr. […] (Montesquieu, Correspondance, 1719).

Comme l’a démontré le philosophe Renczyk Zak, cette idée de roman deviendra bientôt les Lettres Persanes : dans le manuscrit original (édition A), récemment retrouvé à la bibliothèque de l’Université jagellone de Cracovie, les deux voyageurs s’appellent Nonobe et Rica. Toutefois, Montesquieu aurait par la suite décidé de changer le nom du premier en Uzbek, à mesure que le roman s’éloignait de son idée originale et se transformait peu à peu en critique sociale et politique.

Le succès des Nonobes attire bientôt toute une série d’imitateurs, au premier rang desquels les Andépides, les Attenduks pseudo-ottomans, et surtout les Malgrecs (variantes : Malgresques, Malgrèques) qui seront très vite conspués pour leurs crimes contre la langue française.

Mais encore une fois, les manières nonobes ne font pas l’unanimité. Au moins deux généraux de Louis XV se suicident pour ne pas avoir à entendre leurs rapports dans leur totalité. Cette particularité culturelle amène certains à trouver trop difficile de travailler avec les mercenaires nonobes, au point qu’ils ne seront engagés par aucune armée lors des guerres napoléoniennes. Pour Léon Tolstoï (dans l’analyse qui suit l’épilogue de La Guerre et la Paix), c’est ce qui expliquera la défaite de Bonaparte à Moscou et la tragique retraite de Russie.

Déclin

Le XIXème siècle marque le déclin du Nonobstan. Lorsque les troupes du général Mouraviov-Amoursky envahissent le pays en 1851 (afin d’effacer ce qui est alors perçu comme une défaite de Pierre le Grand), elles ne rencontrent qu’une faible résistance.

C’est néanmoins entre 1930 et 1950 que le pays connaît ses heures les plus sombres : dans sa campagne de soviétisation de la société, Staline fait arrêter et déporter jusqu’à 90% de la population nonobe, qui sera réimplantée dans divers « camps pionniers » à travers la Sibérie orientale. Beaucoup ne survivront pas aux conditions de vie très dures qui leur sont imposées. Bien que lui-même issu d’une minorité ethnique (géorgien), Staline n’acceptera jamais que l’on mentionne le Nonobstan devant lui, accusant sa survivance d’être une « préciosité petit-bourgeoise ».

Disparition et controverses

Suite à ces déportations de masse, la nation nonobe est quasiment anéantie. Avec la déstalinisation et surtout la chute de l’URSS viennent quelques tentatives de restaurer le pays, mais elles ne rencontrent que peu de succès auprès des populations philistines qui ont été implantées à leur place. Les Nonobes de Sibérie orientale (qui s’appellent désormais « Nonostes » ou « Nonosses »), quant à eux, sont peu à vouloir abandonner leur nouveau domicile pour revenir en terre ancestrale.

Une première polémique éclate à la fin des années 1990 lorsque certains historiens révisionnistes clament que le Nonobstan n’a jamais existé, et qu’il n’est une fiction créée par la propagande anti-soviétique occidentale. Faute d’intérêt international, le débat s’éteint sans avoir fait parler de lui.

La question nonobe revient néanmoins sur le devant de la scène au début 2005, lorsque le président américain George W. Bush mentionne nommément le pays au cours d’une séance de questions-réponses avec la presse (l’appelant toutefois le « Nonobistan » et le situant « entre la Moscovie et l’Autriche. Ou l’Australie. Ou l’Autriche. Enfin vous savez, ce pays avec les grands oiseaux qui se cachent la tête dans le sable »). Cette mention, qui vaut presque reconnaissance officielle, crée un incident diplomatique avec la Russie (ainsi que l’Autriche et l’Australie) sur lequel le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld décide de rebondir. En juillet 2005, il déclare avoir la certitude que le pays recèle les armes de destruction massives cachées par Saddam Hussein, et il lance l’opération « Hell Pretzel » afin de les retrouver et de les neutraliser. Un corps expéditionnaire est parachuté sur place mais cesse très vite de donner le moindre signe de vie. Après six mois de tempête médiatique, le Pentagone est forcé de reconnaître avoir été incapable de situer le Nonobstan, et avoir par défaut largué les soldats au point unique (les « Quatre Coins ») qui marque la frontière entre le Kazakhstan, la Russie, la Mongolie et la Chine. Le sort de ces troupes reste à ce jour indéterminé.

Certains spécialistes [lesquels ? citer] pensent qu’elles se sont fondues parmi les populations locales afin de poursuivre leur mission. Ce pronostic est battu en brèche par le linguiste Robert Petit, qui soutient que le Nonobstan aurait délibérément choisi de disparaître des cartes afin que plus personne ne puisse le persécuter comme au cours du XXème siècle. L’accès à la plaine, à l’instar de Katmandou par le passé ou de la mythique Shangri-La, serait réservé à quelques rares élus, ici capables de comprendre la poétique particulière du langage nonobe. Cette tâche se serait révélée impossible pour les troupes américaines, insuffisamment préparées à l’instar de leur commandant en chef :

La mission de ces soldats était dès le départ vouée à l’échec, faute de disposer des fondamentaux linguistiques pour comprendre et pratiquer correctement le Nonobstan.

Une interprétation légèrement différente a été proposée par le poète et écrivain Jorge Luis Borges :

Le Nonobstan est le premier cas mondial de bovarysme à l’échelle d’un pays : autrefois ravis de dresser la liste de tout ce qui ne pouvait pas les empêcher de faire tout ce qu’ils souhaitaient, ils ont fini par se prendre à leur propre imagination et se sont convaincus qu’ils n’existaient pas.

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