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Les joueurs d’échecs

Ils étaient là presque tous les soirs : deux joueurs d’échecs aux tempes grisonnantes, assis autour d’une petite table pliante à l’entrée d’une ruelle proche de chez moi. Il s’installaient avant que je rentre du bureau, vers six ou sept heures probablement, et jouaient jusque tard dans la nuit — onze heures, minuit, parfois une heure ou deux du matin, n’échangeant que quelques mots à mi-voix. À l’occasion, un troisième homme les regardait jouer et discutait avec eux, entre eux deux bouffées de ses cigarettes chinoises, mais le plus souvent ils étaient seuls. Ensemble, avec leur plateau de carton usé et leur table rouillée, maintes fois repeinte en vert, ils m’évoquaient le vieux Hong Kong, la ville authentique, le monde caché derrière la vitrine des grandes banques et des compagnies de négoce.

Souvent, passant près d’eux, je me suis dit que je devrais leur parler, leur demander qui ils étaient, depuis combien de temps ils jouaient ensemble, pourquoi ils aimaient tellement jouer ainsi tous les soirs. Je voulais aussi les prendre en photo, probablement en noir et blanc, encadrés dans cette ruelle par deux magasins poussiéreux et leurs néons brisés. Mais je ne l’ai jamais fait : je n’ai pas osé, pas eu le temps, pas voulu chercher mon appareil photo et revenir sur mes pas.

Cette semaine, en remontant la même rue, j’ai découvert que le bloc entier avait été muré. Dans quelques semaines, ils sera démoli, pour le remplacer par une tour flambant neuve — des bureaux, probablement.

Les joueurs ont disparu, et je regrette de n’avoir pas saisi l’occasion. Maintenant, c’est trop tard.

Laissez libre cours à votre curiosité. Quand vous avez une question ou une idée, suivez-la. Vous ne saurez jamais si l’occasion reviendra.

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