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Pourquoi je déserte Facebook (1/2)

J’essaye depuis quelques mois de réduire ma présence sur Facebook, et le dernier qui m’a vu sur Twitter a une longue barbe blanche (mais il l’avait peut-être déjà avant). En partie, c’est à cause des différents scandales qui ont entaché le site ces derniers mois — même s’ils n’ont fait que confirmer ce que l’on savait déjà sur l’exploitation de nos données personnelles. Mais c’est aussi le résultat d’une grande lassitude envers l’indignation permanente — une lassitude que je ressentais déjà quand Indignez-vous ! de Stéphane Hessel caracolait en tête des ventes.

Je ne crois pas (et sans doute pas assez) à l’indignation. Hessel la présentait comme bénéfique, propice au changement, mais les deux dernières années ont montré que la même émotion alimente Trump — « le Feu et la Fureur », comme Michael Wolff a titré son ouvrage sur la première année du président orange. Cette émotion — nommons-la : la colère — donne certes de l’énergie et pousse à faire des choses ; mais souvent, en omettant de prendre le temps de la réflexion. Hessel pensait que l’indignation était « le motif de base de la Résistance », par oppposition aux fascismes, qui auraient été motivés par la peur. En réalité, la peur et la colère sont des émotions partagées par l’ensemble des humains… et la colère est souvent une émotion secondaire, càd qui vient remplacer une première émotion inconfortable, comme la peur, la tristesse ou la honte. Quelques instants suffisent à voir qu’Hitler cherchait lui aussi à susciter l’indignation parmi ses auditoires. Trump ne procède pas autrement. Les résistants n’ont pas le monopole de l’indignation, qui est certes une émotion utile… mais pas suffisante pour induire une action raisonnée et éthique.

Or Facebook (et Twitter, et d’autres…) est un mille-feuilles de causes d’indignation : la maltraitance animale, la politique, l’environnement, les querelles de voisinage — tout est bon. Et si rien ne vous remue les tripes, il suffit de rafraîchir la page pour faire remonter de nouveaux étrons du fond de la litière. Facebook ne trie pas les posts par ordre chronologique : il met en avant ce qui a le plus de chances de vous faire réagir (lire, cliquer, rester sur le site quelques minutes heures de plus). Hessel avait tort de s’inquiéter : « grâce » à Facebook, toute une nouvelle génération s’indigne quotidiennement.

S’indigne, poste, like (ou pas), et ensuite…

Rien.

Une étude de l’Université de Colombie Britannique montre même que les personnes qui « likent » une organisation caritative sur Facebook sont moins susceptibles de lui donner de l’argent par la suite. Elles ont apparemment l’impression que leur tâche est accomplie. Or ce n’est pas avec des likes qu’on pourra aider les 8 millions de Yéménites menacés par la famine. De même pour les animaux abandonnés, les populations fragiles et/ou défavorisées — quant à l’environnement : tout ce temps passé à errer sans but sur Facebook a un coût énergétique. « Seulement » 300 grammes de CO2 par utilisateur et par an — mais ce ne sont que les émissions internes à Facebook : ajoutez votre consommation d’électricité, et l’empreinte est nettement supérieure. L’indignation est facile. Lorsqu’elle ne débouche sur rien, elle peut être sérieusement néfaste.

(Deuxième partie à suivre)

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