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Méthodes d’écriture — Carnets de travail chronologiques

Au fil des années, j’ai beaucoup (trop) déménagé : de Lille à Paris, Paris à Dublin et retour (avec un piano), Paris à New York et retour (sans le piano), Paris à Londres (sans le piano encore), Londres (où j’ai trouvé un nouveau piano) à Hong Kong (sans le piano) et retour, et bientôt de Londres à Singapour. (Je n’ai pas encore décidé quoi faire du piano. Ou des pianos. Oui je sais, moi non plus je ne m’y retrouve plus…)

À chaque fois, j’ai eu un choc en voyant le nombre de choses à déplacer : le piano, bien sûr, mais pas seulement. Nous accumulons souvent des choses dont nous n’avons pas besoin, ou dont nous ne nous servirons plus jamais : des vêtements, des jeux, des bibelots…

Je suis un lecteur et un écrivain, et donc j’accumule deux choses par dessus tout : des livres, et des carnets d’écriture. Mais en préparant mes cartons pour la n-ième fois, à Hong Kong, l’an dernier, je me suis rendu compte que mes habitudes étaient devenues celles d’un vieillard syllogomane : j’avais une quinzaine de carnets quasi-vierges dans le placard, dont certains tellement vieux (6-8 ans) que leur couverture plastifiée commençait à tomber en morceaux. (Pour être honnête, l’humidité et les UV des tropiques ne leur avaient probablement pas fait beaucoup de bien non plus.) J’étais mûr pour aller à la prochaine réunion des carnetomanes anonymes (une sous-section des syllogomanes) : Bonjour, je m’appelle Jérôme et je suis accro aux carnets…

Il fallait trouver une solution.

En y réfléchissant un peu, je me suis rendu compte qu’il y avait en réalité deux problèmes.

Le premier, et la raison pour laquelle tous ces carnets s’accumulaient, presqu’inusés, c’est que j’avais tendance à utiliser un carnet par projet : or si quelques jours plus tard, je tombais en panne d’inspiration sur ce projet… Le carnet restait presque vide, dans l’espoir que je m’y remette un jour. Ce qui n’est quasiment jamais arrivé.

Mais ça ne m’empêchait pas d’y croire : je me baladais donc avec toujours dans mon sac deux, trois, parfois quatre carnets différents, pour être prêt au moment où une idée viendrait. Sauf qu’au bout de quelques temps, j’en avais assez que mon sac pèse cinq kilos, en incluant aussi les livres et le Mac, et donc : je faisais du tri. Les carnets inutilisés partaient dans le placard, mon dos se portait mieux… Et bien sûr quelques jours ou semaines plus tard, pris d’une nouvelle idée, j’achetais un nouveau carnet vierge. Et le cycle infernal de reprendre avec ces nouveaux carnets.

Bonjour, je m’appelle Jérôme et je suis accro aux carnets…

Pour corser le tout, si jamais une idée me venait sur un ancien projet (càd dont le carnet attitré était resté dans le placard), je me retrouvais dans un abîme d’incertitude : que faire de cette nouvelle inspiration ? La garder à l’esprit pour l’écrire plus tard dans le carnet — au risque de l’oublier ? La noter dans un nouveau carnet — au risque d’oublier de la reporter (surtout après que ce nouveau carnet finisse au purgatoire du placard) ? La noter sur mon téléphone, dans une app que j’oublie toujours de consulter par la suite ? Me l’envoyer par email, pour un destin similaire…?

Bref, c’était le binz complet, à la fois dans mes placards et dans mes méthodes de travail.

J’ai donc décidé de changer mon classement, et cela a radicalement transformé la façon de travailler — en mieux. Je n’utilise plus qu’un seul carnet, à tout moment.

J’ai en fait piqué l’idée à la mode des Bullet Journals — sauf que je n’ai jamais trouvé une définition précise de ce qu’est un Bullet Journal ni comment l’agencer, et que concrètement, je n’ai besoin que de trois choses dans un carnet :

  • Des pages (pour écrire)
  • Des marges (pour les corrections, révisions, idées supplémentaires)
  • Et un index (pour m’y retrouver par la suite entre mes différents projets).

Voilà comment ça se présente :

Les plus observateurs d’entre vous auront remarqué qu’il y en a deux : non pas parce que j’ai encore craqué, mais parce que… ça marche. J’en suis à mon deuxième carnet cette année, et j’attaquerai probablement un troisième avant décembre. Ce qui veut dire qu’entre les quinze carnets vierges retrouvés dans mes placard, et les, ahem, trois ou quatre nouveaux carnets qu’on m’a offert entretemps, je terminerai 2018 avec… arg, un carnet vierge de plus que l’an prochain. (Oui, parce que c’est comme ça que les gens fonctionnent : ils voient des tonnes de carnets dans vos placards, donc ils pensent que vous adorez ça, et qu’est-ce qu’ils vous font comme cadeau quand il faut en faire un ? Plus de carnets…)

Je crois que la seule solution pour résoudre mon problème de carnets (et ne pas finir comme les frères Collyer) est que j’écrive encore plus. Ce qui est une bonne chose, tout bien considéré… (Sauf que si je conserve ensuite les carnets remplis, je n’aurai en rien résolu le problème… arg !!!)

Les encore plus observateurs d’entre vous (ou ceux qui réagissent surtout aux images) auront aussi remarqué que je colle des choses dans mes carnets : ici, un ticket pour une expo Van Gogh à Tokyo, visitée en janvier. Parce qu’en fait, en n’utilisant plus qu’un seul carnet à la fois…

…J’en ai fait un journal de bord.

Pas un journal intime, mais un journal de travail, consacré à l’écriture.

Quand j’écris, j’écris dedans.

Quand j’ai des idées, je les inscris dedans.

Mais je prends également des notes quand je lis ou vois quelque chose qui m’intéresse : une expo, une pièce de théâtre, un film, un article… Avant d’écrire une histoire, je note également toutes mes recherches dans le carnet, pour pouvoir m’y reporter plus tard. En fait, qu’il s’agisse de recherches délibérées pour une histoire, ou de considérations à bâtons rompus après avoir regardé une série sur Netflix, tout participe de ma réflexion à un instant T, et je serais bien à mal de déterminer à l’avance ce qui me servira plus tard.

Et c’est extrêmement utile : je ne m’esquinte plus le dos à trimbaler de multiples carnets, et je peux facilement retrouver des idées passées en feuilletant les pages. (C’est également intéressant parfois de regarder comment un enchaînement d’idées s’est fait : la création ne suit que rarement des lignes droites ; c’est plus souvent par comparaison et analogies [plus ou moins correctes] que l’on trouve des idées originales.)

En changeant mon mode de classement pour gâcher moins de papier, j’ai trouvé une méthode de travail qui fonctionne beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux pour moi.

Et vous, comment travaillez-vous ?

[Dans un prochain article : comment j’ai cessé d’être un accro aux pianos… Mais d’abord il faut que je trouve comment me dépêtrer de ce problème.]

Un commentaire

  1. Dominique Lémuri Dominique Lémuri

    Chouette idée que ce carnet entièrement consacré à l’écriture. Pour ma part, je travaille encore avec des carnets par (gros) projets, c’est à dire par roman (pour les nouvelles, je n’éprouve pas le besoin d’avoir un carnet spécifique). Pour Colonie(s), j’ai un carnet qui m’a énormément aidée pour le tome deux, avec tous mes plans de lieux. Autrement, je stocke mes notes sous Scrivener, j’ai des papiers volants, c’est le souk, je l’avoue ! Je dois dire que je cherche encore ma bonne méthode de travail.

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